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Le
camp dans lequel nous avons travaillé
est situé à Tzarkhadzor
, petite ville dans les montagnes
à 60 km de Erevan. Le site
est privilégié du
fait qu’il s’agit d’une
des rares régions boisée
d’Arménie. D’autre
part une station de ski huppée
a été aménagée
il y a seulement 3 ans. De ce fait
la ville se transforme à
vitesse grand V (grand hôtel,
nombreuses constructions- dirigées
par des mafieux- mais ayant aux
yeux des arméniens une image
plutôt prestigieuse)
Le camp est situé à
l’écart du centre ville
et est entouré de verdure.
Durant l’été,
sœur Arousiag organise 4 sessions
de 3 semaines accueillant chacune
environ 220 enfants, gratuitement
pour les familles.
Les journées
sont très strictement rythmées
suivant un programme bien établi
: Réveil, messe d’un
quart d’heure, chant de l’hymne
national et levé de drapeau,
marche militaire avec musique appropriée,
gymnastique au rythme de la Macaréna,
petit déjeuner, cours pendant
toute la matinée, déjeuner,
repos jusqu’à 4h, temps
libre jusqu’au diner, puis
dans la soirée au choix jeux
organisés à l’intérieur
ou temps libre dehors. La journée
se termine comme elle a commencé
par un passage à la chapelle.
Coucher vers 22h.
A chaque session une sortie est
organisée : généralement
au lac Sevan ou à Garni.
C’est un moment important
puisque la plupart des Arméniens
n’ont pas la possibilité
de voyager dans leur propre pays.
Ainsi pour la plupart des enfants
c’est l’occasion rêvée
de découvrir leur propre
patrimoine.
Pour les enfants comme pour leurs
parents, ce camp de vacances est
une aubaine : je m’en suis
rendu compte un jour au centre de
Gumri, là où l’équipe
de sœur Arousiag récupère
les enfants pour les emmener à
Tzarkhadzor. Première condition
pour partir : ne pas avoir de poux.
Beaucoup de jeunes enfants, y compris
des petites filles étaient
complètement rasés
pour être surs de pouvoir
partir. J’ai vu aussi le désarroi
de ceux qui ne pouvaient participer,
celui de leur parents qui venaient
prier sœur Arousiag de prendre
leur fils ou fille malgré
tout. Des parents essayaient même
de pousser un enfant non inscrit
dans les bus…
Les enfants participant
au camp sont pour la plupart issus
de classes sociales défavorisées.
La plupart viennent de Gumri, la
deuxième ville du pays encore
marquée par le tremblement
de terre de 1989 et où beaucoup
de famille vivent encore dans des
baraques de taule, faute de reconstruction.
Beaucoup d’entre eux viennent
aussi de Erevan la capitale. Au
fil des ans sœur Arousiag essaie
aussi de faire venir de plus en
plus d’enfants originaires
de villages isolés souvent
très pauvres. Certains enfants
viennent même de Géorgie.
Les orphelins dont s’occupe
sœur Arousiag à Gumri
se joignent aussi à certaines
sessions, les plus âgés
participent à l’organisation
du camp.
Cependant il faut aussi noter la
présence d’enfants
issus de milieux aisés dans
le camp (jusqu’à 5
ou 6 enfants par session). En effet
la réputation de sœur
Arousiag est telle que leur parents
les y envoient. Dans ces cas là
une contribution financière
leur est demandée.
Le matin, les
enfants doivent se rendre à
une série de cours obligatoires
: danse, chant, sport et religion.
Ils choisissent également
une option parmi les trois proposées
: dessin, langue ou couture.
Pour ce qui est des cours de danse
et de chant, ils préparent
un spectacle dans lequel ils se
produiront au terme de chaque session.
J’ai été chargée
de donner les cours de couture.
Ce que je peux dire à propos
des enfants c’est d’abord
qu’il me semble qu’on
ne les habitue pas à l’idée
qu’ils sont vraiment capable
de quelque chose. Un exemple : j’ai
voulu à un moment donné
faire faire des masques à
des enfants de 7/8 ans, il leur
suffisait de découper dans
du papier des formes que j’avais
déjà tracées
: une arménienne travaillant
également au camp m’a
dit que c’était trop
difficile pour eux. Finalement les
enfants ont quand même fait
ce que je leur ai demandé
et évidemment y sont parvenu.
D’autre part j’ai essayé
de faire faire à chaque groupe
un travail commun d’abord
pour les stimuler et pour qu’ils
obtiennent ensemble un résultat
dont ils soient satisfaits (le résultat
dépendait de la volonté
des enfants : les groupes enthousiastes
ont fait un beau travail !). Le
sujet en question était la
reproduction en patchwork d’une
œuvre importante de l’histoire
de l’art, en l’occurrence
la Cène. Ce que j’ai
remarqué cette fois c’est
le manque, si ce n’est d’imagination,
d’initiative des enfants.
Il leur suffisait pourtant de choisir
parmi un échantillon de tissus
à leur disposition telle
ou telle couleur pour telle ou telle
partie du tableau dont ils étaient
en charge. Certains me demandaient
de faire le travail à leur
place, d’autres se contentaient
de faire la même chose que
le voisin… Bien sûr
cela n’est pas propre aux
arméniens, n’importe
quel enfant d’où qu’il
vienne aura tendance à copier
le voisin plus téméraire
; cependant les enfants m’ont
paru tellement perdus lorsqu’il
leur était demandé
de prendre la moindre initiative,
la moindre liberté (choisir
des couleurs n’est pas non
plus hors de leur portée)
qu’il me semble important
de le souligner.
Autre chose à
préciser : chaque jour le
nettoyage du camp est assuré
à tour de rôle par
un groupe d’enfants. Filles
et garçons confondus font
la vaisselle passent le balais,
nettoient les chambres, la cour,
etc. C’est important de le
souligner car en dehors du camp
les différences homme/ femme
sont flagrantes : d’après
mon expérience les hommes
en général n’adressent
pas spontanément la parole
à une femme, pire, un homme
ne laissera pas volontiers parler
sa femme à un autre homme
de peur qu’on la prenne pour
une prostituée. (Je pense
cependant qu’à Erevan
la capitale les mœurs sont
parfois moins accentuées
de ce point de vue là)
Dans l’après
midi le temps libre donne l’occasion
de se rapprocher différemment
des enfants, par le jeu. C’était
d’autant plus important pour
moi que je ne pouvais pas communiquer
par la langue mais seulement par
des gestes et quelques mots clé.
Le dessin a aussi aidé à
me rapprocher d’eux.
La religion est
bien sûr très présente
dans le camp. Messes, prières
avant et après les repas,
baptêmes organisés
à chaque session pour tous
les enfants dont les parents le
souhaite. De plus la connaissance
parfaite des prières est
exigée (et vérifiée)
par les sœurs pour que les
enfants soient autorisés
à participer à la
sortie du lac Sevan. Or tous les
enfants ne sont pas pratiquants
: la connaissance de textes anciens
sur le bout des doigts doit elle
être un critère déterminant
pour le divertissement d’un
enfant ?
Pour ce qui est
des financement, sœur Arousiag
sait s’y prendre. Mission
enfance n’est qu’une
goutte d’eau dans un océan
de sponsors. Ceux-ci peuvent être
des entreprises étrangères,
d’autres associations, mais
également beaucoup de particuliers,
arméniens de la diaspora
de part le monde. A chaque visite
du camp par l’un de ces sponsors
ou d’un potentiel futur sponsor
tout le monde s’active y compris
les enfants pour montrer le meilleur
visage d’eux même. Chants
et danses, grand repas, et même
accueil au milieu d’applaudissement
pour les sponsors les plus importants.
Pour ce qui est des volontaires
il y a finalement peu d’étrangers,
au maximum 5 ou 6 par session, la
plupart restent le temps d’une
session, parfois moins. Ce qu’il
faut également noter c’est
que ces volontaires sont tous ou
presque d’origine arménienne,
ce qui nous a valu à Paul
et moi des « Vous n’êtes
pas arméniens ? Alors qu’est
ce que vous faites là ? »
sans aucune animosité mais
beaucoup de curiosité. Effectivement
l’Arménie n’attire
pas beaucoup de monde si ce n’est
sa diaspora.
La majorité des personnes
travaillant au camp sont donc des
arméniens. Certains d’entre
eux sont volontaires, d’autres
comme la majorité des professeurs
sont rémunérés.
L’Arménie
de ce que j’en ai vu et appris
et un pays extrêmement attachant.
De par sont histoire particulièrement
dure au XXème siècle,
l’Arménie d’aujourd’hui
connait de nombreuses embuches (chute
de l’URSS ,mafia, chômage,
corruption, absence de matière
première, problème
du Karabach et relation plus qu’houleuses
avec la Turquie et autres pays frontaliers…)
qui font qu’aujourd’hui
la population de façon générale
semble désabusée et
qu’il est difficile pour les
jeunes de s’en sortir. On
avance souvent la diaspora comme
étant la chance de l’Arménie
puisqu’elle lui apporte tant
de fonds ; cependant les «
arméniens d’Arménie
» ne les apprécient
pas toujours, lorsqu’ils les
voient acheter des terrains, construire
des maisons alors qu’eux n’en
ont pas les moyens.
Mais malgré leurs difficultés,
la pauvreté du sol, le fait
que le territoire de l’Arménie
d’aujourd’hui soit si
réduit par rapport à
celui de l’Arménie
historique, les arméniens
sont particulièrement attachés
à leur terre, à leur
histoire et à leur intégrité
en tant qu’arméniens.
Je retiendrais longtemps la phrase
d’un arménien de mon
âge qui chérissait
tant sa terre, ne réclamait
pas de compensation territorial
à la Turquie par rapport
au génocide, mais se réjouissait
simplement de la chance du peuple
arménien de posséder
un pays dans lequel il puisse être
arménien à part entière.
C’est un pays plus que touchant….
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